autoformation
et e-learning: un peu d’histoire
• Rien ne sert
de vouloir mettre en place de nouvelles technologies, rendre
la formation plus accessible, ouvrir de nouveaux horizons,
si l’on oublie le passé et
si l’on ne tire pas quelques enseignements des expériences
qui ont permis la genèse du e-learning actuel.
Dans
les années 70, avec les tous
premiers systèmes informatiques destinés à enseigner,
nous étions quelques-uns à découvrir «l’interactivité» entre
un étudiant et l’ordinateur. L’ambition était
alors d’installer, de programmer dans l’ordinateur
un contenu pédagogique selon une logique permettant
de prévoir des chemins différents en fonction
des souhaits, des erreurs, et des réussites de l’apprenant
et donnant l’impression d’instaurer un dialogue
avec lui. Dialogue bien limité, certes,
puisqu’ entièrement prévu à l’avance
par le concepteur, selon sa propre logique et sans aucune
place laissée à l’improvisation. Contrairement
aux ordinateurs que nous connaissons aujourd’hui, ceux
de cette époque étaient très pauvres
sur le plan des médias puis qu’ils n’utilisaient
ni images, ni sons, mais seulement des textes écrits
de façon uniforme. Cette pauvreté de
la forme obligeait les concepteurs pédagogiques à se
concentrer sur le fond et à concevoir le déroulement
du cours de la façon la plus interactive possible.
Malgré cette
pauvreté de
la forme, cette façon de procéder ouvrait de
fantastiques perspectives pour apprendre autrement, par des
moyens plus attrayants, en n’infligeant plus aux élèves
des cours magistraux parfois lassants, mais en permettant
au contraire une véritable individualisation
de l’apprentissage grâce à l’interactivité instaurée
entre l’ordinateur et l’apprenant.
L’ordinateur,
en toute logique, faisait donc mieux que l’enseignant
!
Pourtant, les
utilisations de l’ordinateur
pour apprendre ne restaient que marginales et expérimentales.
Dans
les années 80 tous ceux qui
s’intéressaient aux utilisations de l’informatique
comme outil pédagogique, utilisations assez diverses
regroupées sous l’appellation « EAO », virent
l’arrivée de la micro-informatique comme
un événement majeur permettant d’envisager
une large diffusion des didacticiels. L’ordinateur « individuel » ne
pouvait que faire progresser le cheminement vers l’individualisation
de la formation !
Assez rapidement,
le micro-ordinateur fût doté de possibilités
nouvelles avec l’arrivée des technologies
permettant de numériser
des informations autres que des textes. Là encore,
de nouvelles perspectives apparaissaient comme prometteuses
pour la formation, puisqu’on pouvait commencer à concevoir
des cours multimédia informatisés
intégrant le graphisme, le son, la photographie et
même la vidéo. Le multimédia arrivait à point
pour renforcer, sinon remplacer, l’audiovisuel pédagogique
(diaporamas, films) confronté à des difficultés
de diffusion dues à la lourdeur du matériel
nécessaire.
Ces années 80 virent naître
des projets ambitieux autour de l’autoformation
multimédia, dont certains se soldèrent
par des échecs retentissants : de gros investissements étaient
parfois engagés dans la création coûteuse
de cours multimédia et l’installation de matériels
dédiés à la formation, avant que l’on
s’aperçoive en fin de compte que les dispositifs
mis en place pour une autoformation étaient largement
sous-utilisés.
L’autoformation « abandonnée » destinée à faciliter
la formation dans les entreprises, tout en diminuant les
coûts (c’était dans certains cas l’objectif
premier) apparut comme un mythe et l’on
commença, au début des années 90 à envisager
des solutions « mixtes » d’autoformations
avec tutorat et regroupements (le « blended
learning » était né).
Certains
dispositifs fonctionnèrent
de manière satisfaisante. Plusieurs concepteurs de
l’époque ont pu mettre en place, des sessions
de formation mixtes, sous forme d’alternance entre
périodes d’autoformation sur le site de travail
(avec didacticiels multimédias et autres documents
sur papier) et de regroupements en présentiel, le
tout entrecoupé d’audioconférences entre
les stagiaires et le formateur. Certaines expériences
donnèrent entière satisfaction aussi bien à la
direction de l’entreprise, qui y vit une moindre
indisponibilité des collaborateurs sur le
site de production, qu’aux participants, qui voyait
parfois dans l’autoformation un moyen plus souple et
plus ludique de se former, tout en gardant, grâce aux
regroupements et aux audioconférences, des échanges
de groupe et une relation avec le formateur.
Malgré des
efforts fait sur la mise en place de tels dispositifs, l’utilisation
du multimédia pédagogique informatisé ne
se développa pas suffisamment pour donner naissance à un
véritable marché et pour intéresser
réellement l’industrie de l’édition.
Aujourd’hui, à l’aube
du 21ième siècle, avec le développement
massif des technologies permettant l’utilisation
généralisée de l’Internet et
de réseaux intranet dans les entreprises, la formation à distance
a pris un nouvel essor sous l’appellation e-learning.
De nouvelles voies sont ouvertes pour de nouvelles modalités
de formation : formation multimédia en ligne, distribution
de contenus pédagogiques par messagerie, classes virtuelles,
etc.
Pour beaucoup
d’acteurs du domaine,
le développement actuel de ces outils est surtout
marqué par l’aspect distant entre l’apprenant
et la source de la formation, et répondent souvent à des
préoccupations de « distribution » de
la formation vers des destinations ou elle ne peut pas être
organisée en présentiel, pour des raisons de
disponibilité et/ou de coûts.
Les risques
aujourd’hui sont, en
s’attachant uniquement à l’aspect distant
de la formation, de négliger des utilisations en mode
local du multimédia, par exemple dans le cadre d’une
formation en présentiel, et d’oublier les expériences
passées en croyant à nouveau que la réussite
de l’autoformation n’est qu’une affaire
de technologie et de bande passante sur les réseaux.